à propos de l'évaluation d'un cheval...
LIBRE PROPOS
Par Bernard VIAQUE
DES MOTS SIMPLES POUR LE DIRE ET POUR LE FAIRE
En matière d’équitation tout est affaire de jugement émis souvent avec trop
de passion…
Juger, apprécier, évaluer, est ce difficile ?
Il est nécessaire d’enregistrer en observant en quelques secondes, tous les
détails d’exécution d’un mouvement.
Pour le juge c’est un exercice difficile qui exige une concentration sans
défaillance de ses facultés d’observations dans un temps donné. Il doit
évaluer ce qu’il voit au moment présent et non imaginer ce qu’il aurait
voulu voir ou ne pas voir.
Le cavalier également enregistre et observe le résultat de ses propres
demandes par un ressenti qui peut-être différent au moment précis ou il
l’exécute et qu’il a tendance à associer au travail réalisé à l’entraînement
et qui n’est pas nécessairement ce qui est obtenu.
Pour « l’ Homme de cheval » ( cavalier…)
Savoir écouter n’est pas d’abord chercher « l’objection préalable » qui
fournira un prétexte pour imposer ses propres certitudes mais bien avec une
« modestie sans complexes » enregistrer les conseils en s’appliquant à les
comprendre de manière à progresser.
Il faut au moins deux qualités de base au cavalier l’humilité et la
persévérance.
Pour l’observateur (juge)…
Savoir encourager c’est aussi déceler les erreurs, les fautes et les
habitudes défectueuses qui bien souvent échappent au cavalier.
C’est chercher la cause et aussi le remède pour l’aider à se perfectionner
dans la recherche d’un objectif déterminé et réfléchi.
Il faut au moins deux qualités de base au juge la sincérité et
l’objectivité.
Comment évoluer dans sa pratique ?
- IL faut prendre le recul suffisant pour essayer de rester le plus objectif
possible en tenant compte de critères observables, quantifiables qui ont
pour base la connaissance parfaite du cheval et de son fonctionnement bio
mécanique, zootechnique et psychique (aspect animalier).
- IL faut avoir une bonne maîtrise de la pratique équestre en étant soi même
assez humble pour remettre en cause en « écoutant » pour comprendre et
sentir ce qui se passe sous ses hanches quand un cheval se met en mouvement.
- IL faut que chacun de nous ait une bonne vision du but à atteindre tout en
respectant les règles dans leur ensemble.
Comment faire et pourquoi ?
Tous les cavaliers se posent cette question, bien sûr à des degrés divers et
elle reste une question simple mais fondamentale.
Il est donc nécessaire de se souvenir qu’au cours du dressage d’un cheval,
les progrès réalisés ne sont pas la conséquence du mouvement exécuté mais
bien de la manière dont il a été fait .
Ce n’est pas en répétant longtemps un mouvement mal fait que l’on arrivera à
le faire bien mais en corrigeant chez le cheval l’exécution défectueuse ou
chez le cavalier la mauvaise façon de le demander et en chercher la cause !
Est-il possible de choisir ?
Nouveauté (ne sait pas faire ), douleur (ne peut pas le faire),
compréhension (ne sait pas comment le faire) ….. autant de choix qui se
posent ?
Pour décider j’ai le choix entre le travail de base et le travail empirique
. Dans le premier cas J ‘ai
peu de chance de me tromper et je peux « brûler » les étapes sans danger
selon l’évolution, dans le deuxième cas « j’opère » sans savoir vraiment
pratiquer ?
Pour faire le point entre nous et pouvoir échanger grâce à un langage commun
nous allons passer en revue quelques connaissances de base.
Quelques rappels
Qu’est ce que le style à l’obstacle ?
C’est la préparation du saut avec tout ce que cela implique ?
Prenons un exemple :
Différence entre les montes en concours hippique et en monte d’obstacles à
Extérieur.
En concours hippique il n’y a qu ‘une trajectoire qui lui permette de sauter
sans toucher.
Les obstacles sont fragiles et le moindre déséquilibre entretient
l’erreur……
Le cheval peut rarement développer sa foulée en étant à l’aise car
l’allure est parfois rapide et si l’impulsion est insuffisante il aura du
mal à ajuster sa battue à modifier son amplitude !
Les obstacles sont souvent rapprochés et cela rend la conduite plus
difficile ce qui perturbe constamment son équilibre et son impulsion……..
En saut à l’extérieur les obstacles sont beaucoup plus éloignés les uns
des autres et sont souvent rendus délicats dans leur abord de par les
difficultés de terrain. Ils sont plus massifs donc plus visibles mais
parfois plus inquiétants pour le cavalier ?
Le cheval peut plus facilement retrouver son équilibre et son impulsion
entre les obstacles ce qui le rend plus facile à diriger.
La vitesse est par contre beaucoup plus grande en cross , qu’en concours
hippique et peut atteindre le maximum que puisse fournir un cheval selon sa
race, son âge, ses aptitudes et son éducation.
Le cheval est dans un équilibre horizontal ce qui donne à sa trajectoire un
saut en flèche peu important .
Le galop est coulant et allongé ce qui entraîne des foulées plus amples et
couvrent ainsi plus de terrain.
Le point de départ de sa battue n’est pas primordial car l’amplitude de la
foulée même mal réglée lui permet d’arriver de l’autre côté grâce à son
impulsion développée plus naturellement…..
Bien entendu ces impressions sont théoriques car en concours hippique
certains obstacles naturels (derby) et inversement certains obstacles en
extérieur conçus en hauteur s’abordent dans un style voisin des éléments
annoncés précédemment.
Points communs dans les deux montes ?
• Assurer la direction et anticiper les désobéissances
• - « marcher » et sauter droit
• Ne pas gêner par le poids (équilibre) ni par la main (jeux de l’encolure)
!
Différences ? retrouvez les maintenant….. ? vous-même….
• Tourner court, tourner large !
• Régler la vitesse, l’impulsion et donc l’équilibre ! en fonction du
terrain, des abords !
• Régler la foulée, imposer le départ !
• Attendre la battue et suivre le cheval dans sa décision !
• Avoir ses hanches près de la selle et ses jambes prés de son cheval dans
un équilibre vertical !
• Avoir ses jambes sur des étrivières « raccourcies » afin que tout le corps
puisse se placer dans le mouvement provoqué par un équilibre horizontal sans
gêner le dos du cheval en assurant une certaine fixité et un accompagnement
en accord avec le mouvement.
Respecter le train (mélange de puissance, de vitesse et de régularité dans
l’espace temps au cours du déplacement du cheval pendant le parcours !
Comment obtenir un début de souplesse ?
Par la force musculaire, j’ai la puissance (propulsion) qui vient de
l’arrière main, j’ai par l’avant main la direction (transmission des
ordres), j’ai par la colonne vertébrale (dos) l’axe de transmission et une
partie de l’amortissement, j’ai par les membres une partie de la suspension
et en même temps un moyen avec le jeu des articulations de déplacer le
cheval dans l’espace.
Toutes ces interactions combinées par le tact du cavalier en fonction du
degré de souplesse de votre cheval au moment présent, vont concourir à la
volonté du cheval de se mouvoir avec aisance et coopération.
J’obtiendrai ainsi une certaine élasticité dans le fonctionnement des
muscles préalablement décontractés avec un travail de gymnastique adapté.
Qu’est ce que l’incurvation ?
Le pli :
Si le cheval tourne à gauche, il va suivre son tournant avec ses yeux, et
dirigera son encolure dans le sens du tournant : c’est le pli de l’encolure.
Il représente le ploiement d’un côté ou de l’autre de la colonne, du « cou
du cheval » ou de la colonne cervicale.
L’incurvation est une base fondamentale dans l’éducation du cheval. Le
cheval incurvé ne doit pas déraper avec son postérieur externe sur le cercle
et doit engager son postérieur interne sous la masse du côté concave de son
cercle , ce qui l’incite à s’engager.
En résumé…..
Le cheval doit s’incurver sur toute la colonne vertébrale :
la « colonne » du cou, du dos, des reins,
la « colonne » dorsale, lombaire.
L’incurvation de la colonne entière s’appelle alors la flexion latérale.
Vérification par le travail à la longe…
Selon la largeur du cercle avec un cheval calme, en cadence et régulier tout
en lui proposant de rechercher son équilibre vous vérifierez dans ses traces
si dans l’incurvation, il dérobe ses hanches (vers l’extérieur) ou refuse
ses hanches (en dedans du cercle), dans les deux cas il donne l’impression
de se trouver de travers !
Point de repère en parallèle de cette observation, le jeu de la colonne
vertébrale dans son ensemble (vision périphérique du cavalier) pour voir se
qui se passe !
En résumé ….
Le rééduquer bio mécaniquement (et non pas techniquement) afin de ne pas
l’encourager à travailler faux dès que le problème est identifié.
Comment ?
Le travailler à la longe en rétrécissant la largeur du cercle (peu de temps)
dans un rythme mesuré mais avec une cadence régulière puis en le laissant
repartir en élargissant le cercle dans une allure active en respectant la
même cadence régulière.
A ce moment là vous observerez l’amplitude de la foulée, la projection du
cheval sous sa masse et l’état de son incurvation.
Vous pourrez évaluer dans quel état (souplesse, obéissance, douleur, niveau
…) se trouve votre cheval.
Ce même travail sera effectué sous la selle sur un « huit de chiffre
diagonalisé » afin de le travailler symétriquement comme dans le travail à
la longe.
Variante pour progresser avec efficacité :
le travail aux longues rênes avec passage de barre à terre.
Conditions
Prendre du temps, obtenir un cheval calme et confiant, se placer face à lui,
savoir se rapprocher de lui, l’encourager en permanence par la voix, le
récompenser souvent, travailler par étape et avec méthode, vérifier toujours
la compréhension, aller du plus simple au plus compliqué selon son état
physique et psychologique !
Apprendre à évaluer un état physique sur un animal à éduquer ou à rééduquer
et non pas toujours à dresser !
Qu’est ce qu’un cheval droit ?
Il est droit quand les pieds de derrière suivent exactement les lignes
tracées par les pieds de devant. Par conséquence les hanches et les épaules
se placent dans des conditions qui assurent la rectitude du corps du cheval
dans leurs jeux réciproques.
De ce fait la distribution du poids est régulière, ses transitions sont
facilitées, et
les forces motrices qui émanent des deux bouts du cheval n’éprouvent dans
leur jeu combiné aucune contradiction et fonctionnent vers la réalisation de
l’objectif : le cheval droit … La rectitude parfaite n’existe pas il faut la
travailler par l’incurvation .
Qu’est ce que l’impulsion ?
Elle se caractérise par l’engagement des postérieurs sous la masse et par
l’énergie dans leur détente.
Elle est naturelle ou acquise par le cheval par le dressage et se traduit
par un réflexe permanent de se porter dans le mouvement en avant dont sera
imprégnée la volonté du cheval.
C’est la pièce de base sans laquelle rien n’existe puisque l’équitation
selon son niveau n’est que l’exploitation plus ou moins habile de cette
qualité indispensable.
Qu’est ce que la cadence ?
C’est un rythme régulier que le cheval observe dans ses allures. Plus ce
rythme est mesuré plus l’allure est cadencée ; Dans la gamme de variation
d’une même allure la cadence doit rester la même.
Qu’est ce que l’équilibre ? et que faut-il faire ?
Un cheval est en équilibre lorsque sous la moindre indication du cavalier,
il est prêt à se mouvoir dans n’importe quelle direction.
L’équilibre étant toujours instable sur le dos d’un cheval en mouvement il
n’est pas facile d’en prendre conscience pour l’améliorer, le perfectionner
de façon à l’utiliser de façon optimum.
Dans le mouvement, passer sans arrêt le poids de l’avant main vers l’arrière
main en essayant de superposer en permanence les centres de gravité (cheval
– cavalier) en donnant au cheval à chaque fois la possibilité de s’adapter à
cette nouvelle bascule .
Il s’agit bien d’un transfert de poids vers la force motrice du cheval mais
pas uniquement d’une action de main sur la bouche du cheval comme on le
constate très souvent.
Qu’est ce qu’un cheval ramené ?
Il s’agit de la tête qui est placée de manière à ce que le chanfrein soit
légèrement au delà de la verticale de cette dernière, sur des rênes tendues
par l’action motrice du cheval en équilibre.
Défauts : tête encapuchonnée, enfermée ou qui porte au vent , dans ce cas le
cheval refuse de livrer ses forces, peut se défendre et travaille faux….
Qu’est ce que la mise en main ?
C’est la décontraction de la bouche dans la position du « ramener ». Cette
décontraction est obtenue par un mouvement de langue analogue à celui
provoqué par une déglutition, le cheval continuant à s’engager en tendant sa
ligne de dessus.
Qu’est ce qu’un cheval engagé ?
C’est un cheval qui abaisse ses hanches sous sa masse en ployant les
jarrets. Il existe différents niveaux d’engagement.
Qu’est ce qu’une bouche contractée ?
Cela peut venir d’une douleur, d’une incompréhension dans la demande, d’un
équilibre défectueux , d’un usage abusif de la main, d’un travail en force
et en précipitation
Comment définir mon objectif ?
Principe de base
1) Poser la problématique
2) Essayer d’y réfléchir
3) Agir avec mesure
Q : qu’est ce que je veux obtenir ?
R :
Q : qu’est ce que cela donnera ?
R :
Q ; comment savoir si je l’ai atteint ?
R :
Q : de quelles ressources ou moyens j’ai besoin ?
R :
Q : quelles sont les étapes à parcourir ?
R :
Q : par quoi vais-je commencer ?
R :
Q : ai je bien analyser les éléments ?
R :
Résumé
Pour le jury ou pour cavalier l’objectif fondamental est :
- ne pas nuire mais « construire ».
Nous pourrions continuer ainsi à nous poser des questions à la recherche
d’une réponse, et c’est bien, mais il faut qu’elle soit simple et que l’on
puisse travailler avec plaisir, même si le résultat dans son application
n’est pas immédiat.
Mots clés : Bon sens, persévérance, curiosité, méthode, tact,
observation, ouverture, échange, respect…
Je suis persuadé que vous serez d’accord avec ces propos. Il est possible de
développer l’utilisation du Mérens* (au sens général, comprendre cheval au
sens large) en allant plus en avant, nous ne pourrons qu’évoluer en
améliorant nos résultats si notre savoir faire est basé sur le travail, le
temps et la compréhension de « l’autre »
Croquis
Avant de faire, il faut connaître et comprendre. Ce croquis est destiné à
bien visualiser les interactions et les antagonismes des muscles qui jouent
un rôle essentiel dans la locomotion.
Ces observations nous aideront à montrer que les résultats obtenus en
situation témoignent de ces divergences. Leur méconnaissance entraîne des «
conflits » physique pour le cheval et intellectuel pour le cavalier.

Légende :
1) Extenseurs et releveurs de l’encolure ; extenseurs de la nuque. Splénius
et complexus.
2) Fléchisseur et abaisseur de l’encolure ; fléchisseur de la nuque (point
fixe à l’humérus). Mastoïdo – huméral.
3) Releveurs de la base de l’encolure, extenseurs de la région dorso -
lombaire et, de la l’articulation sacro – iliaque. Ilio – spinaux.
4) Extenseurs de l’articulation coxo – fémorale. Fessiers.
5) Fléchisseur de l’articulation sacro – iliaque. Petit psoas.
6) Fléchisseur de la région lombaire, des articulations sacro – iliaques et
coxo – fémorales. Grand psoas.
7) Fléchisseurs de la région lombaire et de l’articulation sacro – iliaque.
Abdominaux.
8) Fléchisseurs de la l’articulation fémoro – tibiale (point fixe au bassin)
; fléchisseurs de l’articulation sacro – iliaque (point fixe au tibia).
Ischio – tibiaux.
* ce texte est extrait de la revue "Mérens"
avec l'aimable autorisation de Bernard Viaque, Haras National de Tarbes (65)